Mate Cocido

Une enfance digne … ça va de soi !
Notre association a pour but de promouvoir et soutenir des projets destinés aux enfants, adolescents et jeunes adultes en situation d’exclusion en Argentine.
Photos diverse (20)B

Notre principal objectif consiste à soutenir des structures qui ont la capacité de s’autofinancer dans un avenir proche, à travers une activité artisanale formatrice qui permette aux enfants et adolescents de se réinsérer dans le tissu social, tout en participant à la production de l’activité et en générant leur propre revenu.

Les enfants sont faiseurs d’histoire. Leur rôle dans la construction d’un changement social est essentiel. Toute intention de transformer notre réalité ne peut pas être pensée sans eux.

Omar Giuliani

Foyer Ruca Hueney

MATE COCIDO est la boisson populaire d’Argentine. Il s’agit d’une infusion d’herbe que boivent notamment les enfants, lorsque l’environnement familial n’a pas de quoi acheter chaque matin le litre de lait nécessaire.

Nous aidons ces enfants et adolescents qui ont perdu tout contact avec les structures familiales et sociales, pour qu’ils retrouvent une dignité et une confiance suffisante en eux, ainsi que dans le monde des adultes, pour imaginer et entreprendre un projet de vie qui leur soit propre.

Texte par Madame Estela Rojas, responsable du foyer d’accueil de jour « Chicos del Sur » à Villa Fiorito, projet soutenu par Mate Cocido.

Nous sommes en lien avec Juan depuis plus que douze ans, alors qu’il était encore dans le ventre de sa mère. Il n’a pas eu de chance, quand il est né, sa mère était déjà brisée. Peu de temps après sa naissance, sa mère a commencé à s’absenter sans que l’on sache où elle était, parfois pendant une semaine voire une quinzaine de jours.  Une absence qui exposait Juan à l’abandon. Mais il a résisté dans les bras de l’une de ses jeunes sœurs, entrant à peine à l’âge de la puberté mais s’entraînant déjà à devenir mère, ce qui n’allait pas tarder à arriver. Plus tard, dans les couloirs du bidonville, on rencontrait Juan encore si jeune. Chaussé de godasses pointure 40, et avec de la morve coulant de son nez sur son visage, il élaborait des mensonges pour cacher la vérité et protéger les siens  : «  Ils sont tous déjà réveillés, disait-il, j’ai déjà pris mon petit-déjeuner, ils savent que je suis par là ! ».  Il avait peur que nous le dénoncions aux services sociaux. Depuis son plus jeune âge, Juan connaît dans le détail tous les coins et recoins sombres d’un lieu où il ne reste rien de bon à lui offrir. Ses sœurs adolescentes ont accouché de leurs enfants, tout en souffrant sous les coups de bâtons, et les garçons s’effacent dans cette brume réconfortante qui tente de gommer la triste réalité de cette vie indigne. Leur mère, encore brisée, poursuit son rêve de changement, mais son rêve lui échappe à chaque espérance. Un rapport d’UNICEF indique que 48% d’enfants sont pauvres en Argentine (soit plus de six millions) et la moitié souffre de sévères privations de droits fondamentaux. L’Observatoire de la dette sociale de l’enfance de l’Université Argentine parle de 13% d’enfants qui ont faim (soit environ deux millions). C’est ainsi que le regard de la société sur ces adolescents est accusatoire. Les médias décrivent des enfants diaboliques, capables de nous arracher nos biens, nos vies.  Mais, qui sont véritablement ces gosses que les médias essayent de diaboliser ? Quels sont leurs rêves, leurs projets, leurs besoins ? Quelles sont leurs carences ? Est-ce que leurs droits les plus fondamentaux ont été bafoués ? Quelles sont leurs valeurs, leurs forces ? Ces enfants sont issus de familles où le chômage est une constante ces dernières années. Ils ont une enfance dévalorisée et le regard sur eux est systématiquement détourné, alors que ces enfants mangent moins d’un repas par jour, alors qu’ils se retrouvent sans école, alors qu’ils vivent dans des maisons en tôle, sans accès à l’eau potable, exposés à la cruauté et la violence, alors que leurs familles ont d’abord perdu leurs emplois, et alors que la drogue s’est invitée dans le quotidien de ces familles, comme seule échappatoire. Il est devenu urgent de rendre l’enfance volée à ces jeunes, vivants dans les secteurs les plus défavorisés. Nous avons insisté, et finalement Juan a décidé de nous donner la possibilité de faire partie de sa vie. Il s’est rendu au foyer d’accueil de jour, il a commencé à comprendre ce qui lui arrivait et il a su que sa destinée ne devait pas être celle qui s’était présentée à lui. Il a construit des outils qui lui ont permis de commencer à changer un peu le cours de son existence et tranquillement celle de sa famille. Il s’est permis de rêver, il a pu faire des projets. Un jour, alors que je consultais Juan en lui demandant de quoi avaient besoin, selon lui,  les enfants qui se trouvaient encore seuls face à leurs droits bafoués et leurs situations vulnérables, il nous a regardé et il nous a dit : « Ce dont j’ai besoin, en tant qu’enfant, ce sont des opportunités ».